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Les autorités de Concepcion avaient menacé de fouiller les maisons et d'arrêter les voleurs si les objets pillés après le séisme du 27 février n'étaient pas restitués: elles ont été entendues et ont récupéré dimanche l'équivalent de 35 camions de marchandises pillées. Les policiers ont sillonné les quartiers pauvres de la ville pour lancer leur ultimatum et des habitants se sont exécutés, rendant des matelas, des réfrigérateurs ou encore des écrans plats de télévision. Il a fallu 35 camions pour tout récupérer, pour une valeur d'environ 2 millions de dollars (1,5 million d'euros), selon les forces de l'ordre. La présidente Michelle Bachelet a affirmé que les personnes responsables de ces pillages risquaient deux à cinq ans de prison. "Il s'agit là de marchandises qui n'ont rien à voir avec la survie", a-t-elle lancé, prévenant que le gouvernement poursuivrait aussi quiconque tenterait de faire de la spéculation dans les zones sinistrées. Plusieurs milliers de rescapés, dont des grands-mères et des enfants en bas âge, ont participé aux pillages. Dépassés, les policiers n'avaient pu qu'assister à la scène, exhortant les gens à ne prendre que la nourriture dont ils avaient besoin. Les soldats étaient finalement arrivés et avaient rétabli l'ordre. Les pillages ont ralenti les opérations de secours, en détournant l'attention des pompiers et policiers, et ont profondément porté atteinte à la fierté nationale. "Les dégâts causés (à l'image internationale du Chili) sont lamentables. Maintenant, ils vont tous nous mettre dans le même sac", a observé un ouvrier du bâtiment, Juan Lagos Rosales, contraint de dormir sous une tente avec sa femme et leur bébé, une petite fille, devant leur maison en ruines. Certains ont estimé que les pillages étaient la conséquence naturelle du fossé entre riches et pauvres, largement dissimulé par les bons résultats économiques du pays. Les 20% de salaires les plus élevés gagnent en moyenne 3.200 dollars par mois, contre 340 euros pour les 20% les moins élevés, selon l'Institut national de la statistique. Et lorsque le séisme a brisé les vitrines de magasins, la tentation a été trop grande, analyse le père Luis Figueroa Vinet, de la cathédrale Notre-Dame-des-neiges à Concepcion. "Le cochon n'est pas coupable de ce que la pauvreté lui apporte", a-t-il ajouté, citant un adage chilien sur les inégalités. Mais un sondage publié dimanche souligne que 85% des Chiliens sont favorables à l'ouverture de poursuites contre les contrevenants. Un avis partagé par un employé municipal, Aran Fuentes, pour qui les pillages ont eu un effet négatif sur toute la population. "Après tout ce que nous avons fait pour d'autres pays, nous présenter ainsi devant le reste du monde fait vraiment mal", confie-t-il. De nombreux Chiliens accusent directement la présidente sortante -son successeur élu Sebastian Pinera sera investi jeudi- de ne pas avoir réussi à mettre fin aux pillages. Selon le sondage, publié dans le quotidien "El Mercurio" et réalisé auprès de 600 adultes, 72% des sondés pensent que le gouvernement a réagi trop tard et de manière peu efficace pour rétablir l'ordre après le séisme. Et 48% considèrent que c'est parce que Michelle Bachelet ne voulait pas finir son mandat en envoyant des soldats dans les rues. La présidente a effectivement attendu 33 heures avant de décréter l'état de catastrophe et de déployer l'armée. Les localités les plus touchées ont dû attendre l'aide deux voire trois jours. Mais depuis, le gouvernement n'a pas ménagé sa peine. Certains experts jugent que la réponse des autorités a été exemplaire, en évitant notamment les lourdeurs de la bureaucratie. AP 2010-03-08 13:05:18.233 |
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