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« Il faut discuter avec les chefs talibans »
Le mollah Gulbuddin (en haut), un ex-taliban, souhaite un dialogue avec les chefs radicaux des insurgés. Il l'explique lors d'une réunion traditionnelle à Bamiyan avec les leaders locaux et des membres F. VINCENT / 20 MINUNUTES Il y a dix ans, mollah Gulbuddin faisait partie du gouvernement taliban. « Déçu » de voir que le régime « ne respectait pas la loi et la culture afghanes », il l'a quitté juste avant que les Américains puissent l'en chasser de force en novembre 2001. L'homme, au visage figé dans un demi-sourire sous sa longue barbe clairsemée, est aujourd'hui un chef local influent de la province de Bamiyan. Et, à ce titre, un interlocuteur régulier de l'équipe de la coalition présente dans la région. Ce jour-là, il interpelle les soldats des forces internationales, venus rencontrer les chefs locaux lors d'une assemblée traditionnelle au pied des montagnes. « Tout le monde veut que la communauté internationale reste ici, lance-t-il. En même temps, si elle le fait, il y aura encore des morts et de l'hostilité vis-à-vis d'elle. Quelle est la solution ? La meilleure, c'est de s'accepter mutuellement et de se réconcilier, avec le soutien de la coalition. » Le président afghan, Hamid Karzai, plaide de longue date en faveur de ce processus de « réconciliation », très délicat car politique. Il s'agit d'amener les leaders des talibans - les plus radicaux et souvent repliés au Pakistan - à la table des négociations pour restaurer la paix. L'offre a été jusqu'ici rejetée par les intéressés, qui considèrent Karzai comme une « marionnette ». Elle n'est également soutenue que du bout des lèvres par la communauté internationale. A la fin 2008, Karzai avait ainsi fait une offre de réconciliation au chef des talibans, le mollah Omar, provoquant l'embarras des Etats-Unis. Lors de la conférence sur l'Afghanistan, à Londres, en janvier, il a de nouveau laissé entendre qu'il était prêt à lui parler, suscitant aussitôt des réserves côté occidental. L'autre volet de sa stratégie, la « réintégration », bénéficie en revanche du franc soutien de la communauté internationale. Il consiste à réintégrer dans la vie civile les talibans qui renonceraient à la violence en leur offrant de l'argent et du travail. L'idée part du principe que la majorité d'entre eux ne combattent pas pour des raisons idéologiques, mais financières. A Londres, les pays donateurs ont accepté de verser un fonds de 200 millions de dollars pour financer cette réintégration. Le mollah Gulbuddin, lui, balaie le projet d'un revers de main. « Les gens qui se battent pour de l'argent, ce n'est pas un gros problème. Ils seront réintégrés, ce n'est pas ça qui compte. Ce qu'il faut, c'est discuter avec les leaders des talibans. » Il a sa petite idée là-dessus. A la fin de l'assemblée traditionnelle, il la détaille en petit comité, mains dans les poches et chapeau traditionnel enfoncé sur le crâne. « Le gouvernement devrait d'abord convaincre la communauté internationale, puis libérer tous les prisonniers talibans et retirer tous les noms des talibans de la liste noire de l'ONU [qui comprend les noms de 137 chefs talibans soumis à des sanctions internationales]. » Même celui du mollah Omar ? « Oui, même le mollah Omar, parce que c'est le chef des talibans, et Gulbuddin Hekmatyar [puissant chef de guerre et ex-Premier ministre afghan]. » Et, pour les convaincre de négocier, le mollah Gulbuddin suggère au gouvernement afghan de « leur garantir qu'il ne les trahira pas, qu'il les respectera, et qu'il parlera politique avec eux ». « Aujourd'hui, les Afghans ont une occasion en or, ajoute-t-il. S'ils perdent le soutien de la communauté internationale, le pays retombera dans le passé. » A Kaboul, certains diplomates occidentaux considèrent la réconciliation comme la seule issue pour ramener la paix. « Les talibans sont des patriotes et de fervents musulmans. Il faut leur donner une porte de sortie honorable. La guerre prendra fin grâce à un accord politique entre Afghans, avec une « jirga » (grande assemblée), soutenue par la coalition, assure un haut responsable européen sous couvert d'anonymat. La question, c'est : comment ? Sur quelles bases ? » Ce sera tout l'enjeu des discussions ces prochains mois. De notre Envoyée spéciale à Bamiyan et Kaboul, Faustine Vincent 2010-03-04 23:06:41.713 |
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